Premier opus d’un travail que je développe depuis une dizaine d’année sur l’histoire de l’art et en particulier l’histoire de l’art contemporain. Cette étude va humblement essayer de rassembler des visions personnelles sur la publicité, des analyses sur la production artistique contemporaine, des synthèses sur les travaux des grands penseurs de ce siècle (Danto, Greenberg, Adorno, Steigler, Benjamin, L’école de Francfort, Lyotard, Baudrillard….) mais aussi ceux des siècles précédents (Kant et Hegel principalement).



#1 L’industrie culturelle

Le premier concept, en guise d’introduction, qui mérite d’être clarifié avant de développer et d’expliciter ce que Arthur Danto a qualifié de fin de l’histoire de l’art, est le concept d’industrie culturelle. Ce concept revient régulièrement sur les pages de ce blog, sans qu’à aucun moment, je n’ai été tenté d’expliquer la portée de ces deux mots pourtant riches de sens.

Les mots « industrie culturelle » n’ont pas le même sens que les mots «culture de masse » tel que l'a définit Aragon dans son célèbre discours. Ces deux expressions revêtent la même réalité, mais possèdent deux sens différents. L’industrie culturelle a le mérite d’intégrer en son sens l’origine d’une diffusion large de la culture. Cette origine est industrielle, c’est à dire qu’elle est pilotée par les institutions économiques et sociales. L’industrie culturelle est la résultante d’une volonté du pouvoir économique de contrôler la diffusion d’une culture, et nous verrons que, grâce à Adorno et l’école de Francfort, cette culture destinée au plus grand nombre s’oppose à l’avant-garde tout au long de la période moderne (1910-1960). Elle est à l’origine de la production du « kitsch », substantif qualifiant la production artistique bas de gamme identifiée par Greenberg, et contre laquelle il se battra jusqu’à sa mort.

La nuance est de taille car la culture de masse semble, quant à elle, indiquer que l’origine de la massification culturelle pourrait être le peuple, relever d’une demande ou d’un besoin émanant du peuple, éventuellement constituer un bénéfice pour le peuple, ce qui est naturellement faux.


Theodor W. Adorno

Ce que Adorno va nous révéler, c’est que l'industrie culturelle tend non pas à l’émancipation ou à la libération de l’individu, mais au contraire à une uniformisation de ses modes de vie. L’apogée de l’industrie culturelle va même constituer le socle du post-modernisme. L’industrie culturelle, au travers de ses avatars, (Hollywood, la télévision, le jazz, le funk, ….) va aller jusqu’à incarner le grand Sujet.

La posture de Baudrillard n’est pas différente, me semble t-il des thèses d’Adorno. Plus récente, de fait, elle prend en compte l’arrivée de la mondialisation qui pervertit et neutralise les valeurs et signe la fin du désir de transcendance (Bernard Stiegler dirait la fin du désir tout court). L’industrie culturelle a tué l’art et marque la fin de son histoire (c’était avant l’heure ni plus ni moins que ce qu’affirmait Arthur Danto). Dès lors, comme Marcuse l’avait mis en exergue, l’avènement de l’industrie culturelle marque l’incapacité nouvelle de l’homme à se sublimer, à atteindre le plan des consistances (Simondon, Stiegler). L’art, détruit par la merchandisation et le transfert de la libre pensée dans la machine, meurt du fait de l’absence de la capacité de l’homme à en percevoir sa portée. L’incapacité de l’homme à appréhender toute forme d’art autre que celle révélé par les institutions le plonge dans une prolétarisation accrue qui lui ferme définitivement les portes se son aspiration au bonheur. C’est précisément le paysage que nous offre en ce moment la période post-moderne (ou hypermoderne comme la présente Lipovetsky)…

A suivre…