"Les campagnes de dentifrice ont évité plus de caries que les cours obligatoires d’hygiène. Elles devraient être remboursé par la sécurité sociale »
Jacques Séguéla''
C’est quand même incroyable qu’un des publicitaires ayant été à la tête d’un des réseaux d’agences leader puisse être à ce point dénué de tout sens civique. Monsieur Séguéla, et avec lui tous ceux qui pensent que la bataille de l’intelligence se gagnera en asservissant les faibles et en contrôlant les âmes (Il n’a pas dû lire Foucault, ni même Georges Sorros, qui pourtant appartient au même monde que lui, s’il l’avait fait il aurait vu que l’on peut être riche, puissant, et se poser quelques questions fondamentales), Monsieur Séguéla, disais-je, nous n’avons pas la même éthique de la publicité.
Contrairement à vous, nous essayons de la pratiquer dans une optique long-termiste… Durable en quelque sorte. (Et je modère mes propos tant l’avenir de la publicité me semble extrêmement incertain et le vocable durable inapproprié).
En tous cas, nous respectons la loi, les avis du BVP, et nous sommes pour un encadrement du champ de la communication, en ce qui concerne les enfants, bien sûr, mais aussi de nombreux autres sujets (cf l’affaire Beacon).
A ce titre, je rappelle que depuis 1936, la publicité était interdite à l’école.
Pourtant, depuis une circulaire du 28 Mars 2001, passée presque inaperçue, une brèche existe : « les établissement scolaires sont libres de s’associer à une action de partenariat, et lorsque une entreprise fournit des documents pédagogiques aux élèves, elle pourra faire apparaître discrètement sa marque ».
Le champs est donc désormais libre. Un rapide tour d’horizon nous dévoile que les marques peuvent être présentes :
- Sur les habillements et les fournitures scolaires
- Au travers des supports pédagogiques des enseignants
- Citées dans certains manuels
- Dans des actions de partenariats avec les IEN
- Sur des affiches dans les établissements
Je résiste à l’idée de vous faire un petit cours de philo sur la nature néotène de l’être à sa naissance et sur les ravages que les industries de programme sont en train d’opérer sur les cerveaux humains ainsi que sur le phénomène du « deep attention disorder » observé au États-Unis. Tout cela serait beaucoup trop long sur ce post.
Je noterai simplement avec surprise que le 11 Décembre, 11 leaders du secteur de l’agroalimentaire ont signé un accord européen, « l’European Union Pledge », par lequel ils s’engagent à ne plus diffuser de publicités en télévision, presse écrite ET SUR LE WEB (!!!) auprès des enfants de moins de 12 ans.
Parmi ces annonceurs, on trouve Danone (pourquoi, dans ce cas existe-t-il toujours un site Pépito et un partenariat entre Tfou et Prince de Lu sur Internet ?), Ferrero, Coca, Kellogg’s, Mars, Unilever…
Et, bonne surprise, ces marques ne communiqueront plus à partir de Janvier 2009 dans les écoles primaires.
Ceci constitue un brillant exercice d’autorégulation et saluons-le. Il n’y avait qu’un publicitaire comme Séguéla qui pouvait nager à contre courant et prétendre encore que la communication directe sur les enfants était salutaire.
Pardonnons-lui, autre temps, autres mœurs.